Des compétences invisibilisées
Derrière ce statut administratif, on oublie parfois tout le reste : les compétences, les expériences, les ambitions, les passions, les métiers exercés avant l’exil. Le mot "réfugié" désigne une situation juridique, une protection accordée par un État. Il ne dit rien de la personne qui le porte.
Avant d’arriver en France, ils et elles avaient une vie. Un travail pour certain·es, des études pour d’autres, une famille, des habitudes, des projets et des repères. Puis est venu le changement de pays et avec lui une remise à zéro administrative, sociale et professionnelle que peu d’entre nous imaginent vraiment.
Un parcours du combattant avant même de travailler
On parle beaucoup de l'intégration des réfugiés. Mais derrière ce mot valise se cachent des réalités concrètes, souvent méconnues. La procédure pour obtenir le statut de réfugié en France dure en moyenne près de dix mois, et souvent plus d'un an en intégrant les délais de rendez-vous en préfecture. Pendant cette période d'attente, l'accès au marché du travail est très limité, les droits à la formation restreints, et l'incertitude omniprésente.
Une fois le statut obtenu, les obstacles ne disparaissent pas. La reconnaissance des diplômes étrangers est un processus long et coûteux, qui n'aboutit pas toujours. La maîtrise du français, indispensable dans la plupart des secteurs, demande du temps et un accès à des cours de langues adaptés.
Si 66 % des réfugié·es cherchent activement un emploi dès leur arrivée, seul·es 42 % parviennent à se positionner sur le marché du travail un an après avoir reçu leur titre de séjour. Et encore, dans des conditions souvent précaires : 37 % sont en CDD et 10 % en intérim, tandis que 30 % des hommes réfugiés salariés subissent le temps partiel, un chiffre qui monte à 50 % chez les femmes réfugiées. Source
Un potentiel encore trop peu valorisé
Cette réalité n'est pas seulement injuste pour les personnes concernées. Elle représente aussi un manque à gagner collectif.
Alors que de nombreux secteurs peinent à recruter, les compétences et les expériences des personnes réfugiées restent encore insuffisamment reconnues. Dans un avis publié en septembre 2024, la Plateforme nationale RSE qualifie ainsi les personnes réfugiées de « vivier de recrutement sous-exploité ».
Lorsque l'accès à l'emploi est possible, il se traduit souvent par des situations de déclassement. En France, 88 % des réfugié·es occupent des postes d'ouvrier·es ou d'employé·es, contre 40 % dans leur pays d'origine. Quatre personnes sur dix estiment être surqualifiées pour l'emploi qu'elles occupent, tandis que les migrants humanitaires connaissent le taux de déclassement le plus élevé parmi les groupes immigrés.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation : la difficulté à faire reconnaître certaines expériences ou qualifications, la méconnaissance des codes du marché du travail français, mais aussi les discriminations qui persistent dans les processus de recrutement.
C'est précisément pour contribuer à lever ces freins que DUO for a JOB accompagne les jeunes réfugié·es et issu·es de l'immigration dans la construction de leur projet professionnel et leur accès à l'emploi.
Sommes-nous vraiment prêts à leur faire une place ?
La question mérite d'être posée sans détour. L'intégration professionnelle ne se décrète pas. Elle demande des actions concrètes : des processus de recrutement repensés, des formations adaptées, des accompagnements sur la durée. Ce que Sidi et Franck incarnent à l'écran, ce n'est pas une exception. C'est ce qui devient possible quand les conditions sont réunies.
Depuis sa création, DUO for a JOB a accompagné des milliers de jeunes, en s’appuyant sur un réseau de mentors bénévoles et de partenaires engagés, dont la Commission européenne et la Fondation Groupe SNCF, que nous remercions chaleureusement.
La Journée mondiale des réfugiés n'est pas qu'une date symbolique. C'est une invitation à regarder différemment et à agir en conséquence.